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« D’une schizophrène-paranoïde et d’une mauvaise psychologue »
door Johan Basiliades

Bedoeld als opinietekst voor Le Soir (Carte Blanche) eind augustus 2007, in volle regeringsvoing, maar finaal niet ingezonden.

La crise de formation gouvernementale a en tout cas de bon que l’on peut depuis quelques semaines lire tant dans les journaux francophones que néerlandophones de nombreuses analyses d’economistes, constitutionalistes, philosophes, politicologues etc, sur la Belgique et de sa fin eventuelle. En voici encore une:

Peut-on résumer l’histoire et l’actualité belge comme suit : «la Belgique néerlandophone est schizophrène et paranoïde, la Belgique francophone est une mauvaise psychologue» ?

1. La schizophrénie flamande

Hugo Claus aurait écrit ou déclaré un jour que la Belgique est une maladie chronique (een aanslepende ziekte). La cause pourrait en être un malentendu non éclairci depuis son adolescence. Ce malentendu est le suivant : déjà au moment où le mouvement flamand n’était que le combat de quelques écrivains en marge des enjeux politiques de leur temps (ca 1840-1850) ceux-ci étaient convaincus que la Belgique était un pays constitué de deux peuples ou de deux nations, les flamands et les wallons. Le mouvement flamand entame donc au sein de la jeune Belgique un procès de « nation-building Flamand ». La jeune Belgique de son côté, légitimé par l’enthousiasme de la révolution de 1830, est en plein « nation building belge » et accentue un état, mais aussi une nation.

Voilà donc que vers 1890-1900, au moment où les réformes électorales donnent la parole aux masses populaires, la Belgique connaît en effet deux nationalités: la nationalité belge et la nationalité flamande. Toutes deux répondent suffisament aux critères qu’à raison le maître penseur libéral John Stuart Mill considérait comme indispensable pour la création de ce que nous appelons aujourd’hui une démocratie libérale. Non seulement Mill jugeait qu’une conception d’identité nationale était indispensable (il est donc loin des idées cosmopolites en vogue aujourd’hui), mais de plus il la définit en termes historiques, culturelles, - collective pride and humiliation - liguistiques aussi. Même très fort en terme linguistiques. « Des institutions libres sont à peut près imposibles » écrit Mill « dans un pays constitué de différentes nationalités. Parmi un peuple sans sentiments communs, surtout quand il ne parle ni n’écrit la même langue, il n’y a pas d’opinion publique commune nécessaire au gouvernement représentatif ». Voilà donc les néerlandophones belges chargés d’une crise d’identité dès le départ, contrairement aux belges francophones pour qui l’identité wallone n’a pas ou peu été développée comme identité nationale, mais plutôt comme un particularisme régional compatible avec l’identité nationale belge. Demander aux belges néerlandophones de choisir (par exemple par réferendum) entre l’une ou l’autre identité nationale n’est pas synonyme de demander de scinder la Belgique ou de la préserver, mais est surtout synonyme de déchirer la Flandre elle-même. Individuellement et rationellement chacun peut faire ce choix. Mais dans l’ensemble l’électorat flamand est réellement schizophrène dans son identité et ne trouvera pas de concensus suffisant sur ce choix impossible.

2. La Flandre paranoïde

Dans son parcours de « nation building belge » - conforme à la recette de J.S. Mill – la Belgique a renforcé tout ce qui unissait la Belgique (et donc la langue Française, langue politiquement dominante en Flandre avant les réformes électorales et la particpation des masses a la vie politique). En toute logique elle a refloué tout ce qui portait atteinte à cette unité (et donc le néerlandais ou encore flamand - en référence a son statut initial de dialecte local). Sans aucun doute les flamands n’avait pour citer encore une fois J.S. Mill « qu’à gagner d’être élevé au sein d’une culture hautement civilisée et cultivée ». Vers 1890-1900, par la participation des masses populaires à la vie politique la Belgique doit faire des concessions à la réalité nouvelle. L’histoire du XXe siècle en est une de concessions belges (plutôt que francophones) aux néerlandophones. Des concessions a contre coeurs, allant à l’encontre des convictions nationales, sans empathie, ni compréhension vu le malentendu sur l’identité nationale. Dés le départ les revendications linguistiques ont été ressenties commes des trahisons nationales. La Belgique néerlandophone de son coté à force d’être coup sur coup incomprise, s’est sentie incomprise en général et en permanence. Elle est devenue très tôt paranoïde, elle l’est devenue de plus en plus. Individuellement chacun peut juger rationellement chaque proposition francophone, mais dans l’ensemble toute proposition francophone concernant les institutions belges est par définition suspecte pour l’électorat flamand.

3. La mauvaise psychologue : la Belgique francophone

Du coté de la Belgique francophone pendant 180 ans on n’a pas compris la Flandre, ni sa crise identitaire, ni ses peurs vis-à-vis de la minorisation et marginalisation de sa langue. Non seulement on continue au néerlandophone a imposer de choisir une fois pour toute entre la Belgique ou la Flandre, de plus on se refuse à la rassurer sur la pérénité de la langue néerlandaise en Flandre et à Bruxelles (pour paraphraser une expression chere aux Québecois francophones au sein d’un Canada anglophone). Au contraire, au yeux de l’opinion flamande, elle en remet en soutenant politiquement « les habitants s’obstinant à utiliser le français dans les communes néerlandophones », en déclarant comme Fadila Laanan, ministre de la culture en communauté française que les flamands « parlent une langue sans rayonnement international ».
On a longtemps cru que la Belgique avec ses nombreux compromis était un jeu de dupes, dans lequel chacun trouvait son avantage, alors qu’elle a visiblement plus d’un dialogue de sourds.

Johan Basiliades
Sécrétaire du groupe open VLD au parlement Bruxellois

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